Compte rendu de la 5e rencontre interparlementaire PE/Thaïlande
du 11 au 17 septembre 2005, tenue à Bangkok et Chiang Rai

 

Présidence :  Madame Véronique Mathieu

Représentants du groupe PPE- DE : Messieurs Öry et Pomés Ruiz

Représentants d’autres groupes : Madame Riera Madurell, Messieurs Goebbels et Maaten

 

1. Entretien avec les ambassadeurs des États membres de l’Union européene
Le président excuse tout d’abord M. Nassauer en signalant que ce dernier n’a pu, pour cause de modification de l’agenda parlementaire à Bruxelles, se rendre en Thaïlande. 

Le représentant de la présidence du Conseil présente un aperçu de la situation actuelle de la Thaïlande.

Il souligne, en réponse aux questions, que la situation au sud du pays constitue un sujet extrêmement sensible et qu’une commission d’enquête a été mise sur pied. Le roi a lancé un appel en faveur d’une action renforcée en matière de développement dans cette région.

Les ambassadeurs indiquent, dans le cadre de la discussion, que la Thaïlande a consenti d’importants investissements dans le secteur public, dans le domaine de l’infrastructure en particulier, afin de remédier au ralentissement de la croissance économique. Le tourisme, en régression à la suite du tsunami, devrait être revenu à 100 % de ses capacités à la date du premier anniversaire de la catastrophe. De surcroît, les problèmes économiques du pays découlent principalement du fait que la Thaïlande est le pays de la région le plus dépendant des exportations de pétrole.

La délégation identifie la Birmanie/Myanmar, les craintes d’une diffusion du terrorisme à partir du sud, les droits de l’homme et les rapports avec la Chine parmi les sujets importants pour la suite de ses pourparlers.

Les ambassadeurs réclament que l’Union investisse davantage dans le domaine de l’enseignement en Thaïlande. Ils soulignent par ailleurs que les relations entre les deux parties se porteraient mieux si l’Europe n’était pas uniquement représentée par des personnages de second rang lors des sommets ministériels. Les thèmes des négociations OMC, des accords de libre-échange et des accords préférentiels sont eux aussi à aborder avec les interlocuteurs thaïlandais.

 


2. Entretien avec le président du parlement, S.E. Dr Bhokin Bhalakula
Le président rappelle les trois piliers de la démocratie thaïlandaise: Constitution, État de droit et rôle de la société civile. Il aborde les problèmes au sud du pays, mais souligne également qu’un grand nombre de députés assumant des fonctions étatiques et parlementaires de haut rang provient de cette région. Le président du parlement se prononce par ailleurs en faveur de la mise en œuvre conjointe de projets concrets dans le cadre de l’AIPO - la lutte contre le terrorisme et la pauvreté, par exemple.

Le président du parlement explique, en réponse à une question, que le SRAS, la grippe aviaire et le tsunami ont entraîné une réduction de la croissance économique, celle-ci passant de 6 % par an en 2004 à 4 % environ cette année. Le prix du pétrole, dont les subventions ont entre-temps été levées, a doublé en Thaïlande. Cette situation pourrait engendrer de graves problèmes si la Chine ou la Corée du Sud maintiennent les subventions sur les produits pétroliers. Le président du parlement évoque ensuite l’initiative «Asia Parliaments for Peace (APP)», laquelle est un forum de collaboration rassemblant d’importants États asiatiques.

 

3. Entretien avec le président de la Commission nationale de réconciliation (CNR), S.E. Anand Panyarachun
Monsieur Anand indique que 6 millions de musulmans vivent actuellement en Thaïlande, dont 1,7 million dans le sud. Il présente l’évolution historique et les problèmes culturels qui en découlent. Les citoyens du sud ne veulent pas d’un État indépendant, ils souhaitent la préservation et le respect de leur identité culturelle. Il importe à cet effet, selon le président du parlement, de développer une société civile forte, puisque le pouvoir et l’argent seuls ne peuvent régler tous les problèmes du monde.

 

4. Entretien avec des représentants de la chambre de commerce européenne
Le président de la chambre de commerce souligne que celle-ci compte 1900 membres et change de président chaque année. La part de l’Union dans les échanges avec la Thaïlande s’élève à 12 %, ce qui en fait le deuxième partenaire commercial de Bangkok (juste devant les États-Unis et loin derrière le Japon). L’Union n’ayant toutefois pas conclu d’accord de libre-échange avec la Thaïlande (contrairement à l’Australie, par exemple), les entreprises européennes ne sont pas concurrentielles à long terme, malgré la relative facilité à investir dans le pays. Les entreprises chimiques représentées en Thaïlande nourrissent, en raison de REACH, des craintes substantielles quant à une augmentation sensible de leurs charges. La corruption, présente à tous les niveaux, constitue un problème majeur pour les investisseurs étrangers. Les problèmes existants dans les provinces méridionales thaïlandaises ont des répercussions économiques marginales et touchent tout au plus à l’aspect sécurité. La Thaïlande est toutefois stable à tous les points de vue et les coûts (de l’énergie et de la main-d’œuvre) sont au final moindres qu’en Chine. Raison pour laquelle certaines entreprises textiles quittent la Chine pour revenir en Thaïlande, faute de pouvoir garantir la qualité de leurs produits dans l’Empire du Milieu. L’industrie automobile, avec une croissance annuelle de 25 % environ, connaît actuellement le développement le plus rapide en Thaïlande.

Les représentants de la chambre expliquent, en réponse aux questions, que la législation prescrit un temps de travail hebdomadaire maximal de 48 heures sur 6 jours, un minimum de 6 jours de congés annuels (plus 13 jours fériés), ainsi qu’un maintien du salaire allant jusqu’à 30 jours par an en cas de maladie.

La question des contrefaçons de biens de consommation ne concerne que les marchés destinés aux touristes. La législation locale est sévère, mais le problème provient de la diffusion croissante de contrefaçons chinoises sur le marché thaïlandais.

5. Entretien avec des membres de la délégation thaïlandaise à l’Union interparlementaire (UIP)
L’intense échange de vues s’articule autour des thèmes des relations avec la Chine, de la sécurité alimentaire, du sommet de l’UIP en Suisse et aux États-Unis, ainsi que du rôle de la femme dans la politique thaïlandaise.

Les membres de la délégation européenne sont priés de plaider la cause d’une participation de ministres européens de haut rang aux rencontres avec leurs homologues asiatiques. Cette démarche est de nature à jeter les bases d’une collaboration constructive.

En réponse aux questions concernant la Chine, posées par M. Öry, les représentants thaïlandais signalent notamment que nombre de leurs concitoyens comptent des ancêtres chinois, que les cours de chinois jouissent d’une popularité croissante, en particulier après la conclusion du traité de libre-échange avec la Chine, mais que les exportations vers ce pays sont particulièrement difficiles en raison de la législation chinoise, laquelle impose par exemple l’utilisation des moyens de transport de la région concernée.  

Les participants à l’échange de vues se prononcent en faveur de la mise en place d’un Cercle amical.

6. Entretien avec M. Kraisak Choonhaven, sénateur, membre de la commission des affaires étrangères du sénat
Le sénateur relate sa visite à Bruxelles et déplore le traitement dont il a fait l’objet sur place.
La présidente regrette cet incident et espère que le sénateur pourra, à l’occasion d’une nouvelle visite avec la délégation de l’ANASE, rencontrer la délégation compétente du Parlement européen.

Le sénateur indique que la Thaïlande mène actuellement des négociations sur des accords de libre-échange avec 11 pays. Le premier accord de libre-échange conclu avec la Chine aurait entraîné un recul sensible de l’agriculture thaïlandaise. Le secteur agricole, très traditionnel et constituant à ce titre un tissu social, emploie 40 millions de travailleurs en Thaïlande. Les autres secteurs ne peuvent absorber cette main-d’œuvre.
Quelque trois millions de réfugiés vivent actuellement en Thaïlande (ils proviennent notamment de Birmanie/Myanmar). Cette situation est à l’origine d’un cercle vicieux de régression dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Le sénateur demande l’interdiction de toute transaction avec la Birmanie/Myanmar, les dirigeants locaux n’utilisant les transferts financiers que pour leurs seuls intérêts. Les gouvernements des États membres de l’ANASE ont eux aussi reconnu l’importance de cette question. Le sénateur plaide également en faveur d’un examen de ce problème devant les Nations unies, ceci afin d’évoquer la violence systématique qui sévit dans ce pays. 

Il est ensuite signalé aux membres de la délégation européenne que le Parlement thaïlandais n’est pas impliqué dans les négociations relatives à l’accord de libre-échange. Demande est faite de le souligner, si l’occasion se présente.

7. Entretien avec le ministre des affaires étrangères adjoint, S.E. Prapas Limpabandhu
Le ministre des affaires étrangères adjoint salue les progrès réalisés au niveau des négociations relatives à l’accord de partenariat, à l’accord de libre-échange, ainsi qu’à la conclusion de l’accord de coopération entre l’Union européenne et la Thaïlande.

En réponse à une question, le ministre explique que l’accord de libre-échange conclu avec la Chine peut constituer un exemple à suivre pour l’Union européenne. Il souligne par ailleurs que l’accord avec la Chine - laquelle est un gros consommateur - présentera des effets bénéfiques à long terme pour le secteur agricole thaïlandais. Le ministre admet que l’accord de libre-échange conclu avec le Japon exclut le riz. 

Répondant à une question posée par M. Pomés Ruiz au sujet de l’ANASE et de l’AIPO, le ministre retrace tout d’abord l’historique de l’ANASE et rappelle dans ce cadre que l’ANASE ne dispose pas d’un «moteur» comparable à celui constitué par l’Allemagne et la France au niveau de l’Union. 

En ce qui concerne aux questions relatives au tourisme, le ministre explique que la beauté du paysage, le carrefour international que constitue Bangkok et l’hospitalité des Thaïlandais fournissent des conditions optimales pour la réussite de ce secteur, mais qu’il convient de rectifier certaines erreurs commises en matière de protection environnementale. Le tourisme représente actuellement quelque 6 % du produit national brut thaïlandais. Le ministre déclare que ses concitoyens se rendraient plus fréquemment en Europe si l’octroi de visas y était moins difficile.

Le ministre explique, au sujet de l’évolution actuelle en Birmanie/Myanmar, s’être rendu sur place récemment avec le ministre des affaires étrangères. La Constitution (qui suit le modèle de la Constitution indonésienne) serait négociée à 80 %. Elle prévoirait de réserver 20 % des sièges du Parlement aux minorités.

8. Entretien avec S.E. Suchon Chaleekure, président du sénat
Le président explique le rôle du sénat. Il souligne particulièrement le fait que cette assemblée compte 200 membres non élus et ne participant pas à la politique des partis. Le sénat nomme les membres de divers organes, ceux de la commission électorale notamment.

En réponse à une question de M. Öry, le président explique qu’un grand nombre de sénateurs étudient actuellement le chinois, Pékin étant un partenaire commercial incontournable pour Bangkok.

Le président déclare, à la suite d’une question posée par M. Pomés Ruiz, qu’une coopération de qualité entre la Thaïlande et l’Union européenne est indispensable et que la collaboration est particulièrement utile. 


9. Échange de vues avec des représentants de la société civile
La présidente remercie les participants pour leur disposition à faire preuve de franchise lors de cet échange de vues. Les discussions soulignent tout particulièrement la faiblesse du niveau de formation en Thaïlande, les problèmes environnementaux considérables découlant du monopole de l’État en matière de distribution d’eau et la difficulté à concrétiser un développement durable, sachant que les crédits sont octroyés sans garantie ni vérification de rigueur, ceci afin de relancer la consommation.

10. Conférence de presse de la présidente
La présidente explique l’objectif de la visite de la délégation en Thaïlande dans le cadre d’une conférence de presse rassemblant les représentants des médias locaux et nationaux. Elle relate par ailleurs les entretiens menés à ce jour. La présidente indique que la Thaïlande représente pour l’Union un partenaire démocratique et constructif et peut également contribuer, à ce titre, à soutenir une évolution positive en Birmanie/Myanmar.

11. Rencontre avec les représentants de l’industrie thaïlandaise
REACH est au centre des discussions. La présidente, qui excuse tout d’abord M. Nassauer, et M. Goebbels présentent l’état d’avancement des pourparlers au sein du Parlement européen.

Le représentant de la Commission européenne fait savoir que cette dernière proposera un séminaire sur le thème de REACH.

En réponse à une question de la présidente, qui souhaite connaître l’effet des débats actuels sur les importations de textiles chinois dans l’Union européenne, les participants thaïlandais expliquent que l’industrie textile locale souffre de cette situation.

12. Rencontre avec le professeur Dr Ackaratorn Chularat, président de la Cour administrative
Le président retrace l’histoire de la Cour et de l’ordre juridictionnel thaïlandais. Il rappelle que la Thaïlande est le seul pays d’Asie possédant une juridiction administrative indépendante.

Le Dr Charnchai Sawangsagdi (qui est l’un des 13 juges siégeant à la Cour administrative) présente ensuite l’ordre juridictionnel thaïlandais de manière approfondie. 

13. Entretien avec M. Aphisit Vejjajiva, chef du parti d’opposition à la chambre des députés (Parti démocrate)
Le chef de l’opposition souligne qu’à l’instar des États occidentaux, les personnalités possédant un pouvoir médiatique et/ou des capacités financières substantielles parviennent aisément à faire de la politique. Il exprime l’espoir de voir la Constitution fournir des sécurités démocratiques suffisantes. Il critique notamment l’octroi de crédits sans contrôle de la solvabilité, ainsi que la politique en matière de santé, dépourvue du financement adéquat. Les citoyens savent que ces politiques sont à la charge des contribuables et que les interventions de l’État ne peuvent donc être durables. En matière d’économie, l’intéressé se prononce en faveur d’une approche multilatérale. Seul un espace économique commun constitué par les membres de l’ANASE est en mesure d’offrir un contrepoids à l’économie chinoise. D’où l’urgence de conscientiser la population au sujet de cette organisation.

 

14. Gouverneur avec M. Pridiyathorn Devakula, gouverneur de la Banque nationale thaïlandaise
Le gouverneur explique les enseignements tirés de la crise financière des années 1997/98. Des erreurs ont été commises au niveau du monitoring, tandis que les réactions aux problèmes de certains conglomérats financiers ont été trop lentes.

En réponse aux questions posées, le gouverneur explique que la Banque nationale n’est pas pleinement indépendante sur le plan juridique. Ainsi, le gouverneur peut être remplacé à tout instant, au contraire toutefois du Comité financier de la Banque. Une diversification au bénéfice du yen et de l’euro (qui ont complété le dollar) a entre-temps eu lieu dans tous les pays (sauf au Japon et en Chine). La tendance à l’endettement des ménages privés est connue et des mesures correctives ont été prises.

Markus Arens